Ce que j’aurais aimé apprendre plus tôt à propos du deuil.

Je me rappelle des premiers livres que j’ai rencontrés sur le deuil. Je devais avoir 20 ans et j’en garde un souvenir particulier. Du blanc et du bleu clair sur les couvertures, des images de colombes, des mots qui se voulaient paisibles et solennels.

Ces livres avaient pour moi comme un goût d’hôpital. Une sensation de métal froid dans la bouche. Un ton sérieux et grave. Je ne garde aucun souvenir du contenu de ces livres, si ce n’est la fameuse séquence des 5 étapes du deuil: déni, colère, négociation, dépression, acceptation.

Je me suis demandée où j’en étais, moi, dans cette séquence. Ces 5 étapes étaient comme le sol rassurant sous mes pieds. Car s’il existait un ordre précis d’étapes, c’est qu’il y avait donc une issue à la douleur. Un début et un happy ending.

J’attendais de franchir la ligne finale. Celle où je serais toute lumineuse, aseptisée, sans douleur. Celle où je pourrais reprendre ma vie où elle s’était arrêtée. Redevenir qui j’étais avant le drame. Guess what? Les choses ne se sont pas exactement passées ainsi.

Voici ce que j’ai appris en cours de route.

1. Faire son deuil est tout sauf un chemin linéaire, chronologique, balisé. C’est chaotique, comme marcher dans le brouillard. J’ai marché très longtemps, en pensant plusieurs fois avoir atteint LA destination finale. Seulement pour m’apercevoir que j’avais encore besoin de marcher. Et sur cette simple route, banale et anodine, il y a des choses qui se transformaient en moi, patiemment et en silence.

2. Faire son deuil est un travail de l’invisible. Beaucoup se déroule dans les méandres de votre inconscient. Et l’inconscient, c’est ce dont vous n’avez pas conscience. C’est ce qui est caché. Faites confiance à ces parties de vous, cachées, qui oeuvrent en silence.

3. Connaître les étapes de deuil, c’est intéressant pour l’intellect. Votre tête a envie de savoir plein de trucs, de tout analyser, de comprendre, de trouver des solutions. Mais votre tête ne saura jamais transformer les blessures. Pourquoi? Car ce n’est pas son travail.

Ces 5 fameuses étapes, observez-les de loin, comme un fil rouge. Mais suivez votre fil d’or: celui de votre propre expérience. Que se passe-t-il en vous en ce moment dans votre corps? Que ressentez-vous? De quoi avez-vous besoin?

4. Ce chemin démarre de qui vous êtes. Vous pourriez avoir vécu la même chose que votre voisin… que ce ne sera jamais vraiment la même chose. Chaque expérience est unique: selon votre personnalité, votre caractère, le soutien de votre environnement familial, professionnel, amical, amoureux, culturel au moment de l’événement… Le chemin sera différent et c’est normal. Respectez votre unicité et soyez doux envers vous-même.

5. La guérison est la capacité à ressentir ses émotions, les laisser nous traverser, sans qu’elles nous submergent. J’aurais tellement aimé qu’on me dise que la guérison n’est pas la disparition des émotions douloureuses mais la capacité à faire grandir un espace en soi qui nous permette d’accepter ses émotions.

6. J’ai longtemps attendu l’acceptation. J’ai souvent cru l’avoir atteinte. Car la vie fait que la blessure s’endort, disparaît au fond de soi, nous offre un répit parfois très long.

Et puis certaines dates, certaines odeurs, certains souvenirs rappellent que la blessure est là, qu’elle est cicatrisée mais qu’elle mérite de l’attention. Et c’est pas grave. Honorez la blessure.

Des parties pleurent et souffrent. D’autres observent, acceptent et laissent le corps faire son travail. L’acceptation, c’est lorsqu’il n’y a plus de tension en soi. D’un côté, entrez en contact avec vos émotions tumultueuses. De l’autre, soyez mer d’huile. #multitasking

7. Faire son deuil est un chemin « en spirales ». Vous devrez revenir sur vos pas. Ce que vous pensiez avoir accepté remonte à la surface. Ce que vous pensiez avoir oublié, revient vous hanter. Vous devrez reprendre une route différente et envoyer de la lumière à des endroits que vous n’aviez pas encore rencontrés. C’est normal!

8. Vous êtes votre propre guérisseur. Il est vital que vous soyez en relation avec vous-même. Concrètement, ça veut dire quoi? Discutez avec vous. Demandez-vous de quoi vous avez besoin. Et offrez-vous ça. Un accompagnement avec un thérapeute ou un coach gagnera en force s’il soutient avant tout la relation que vous avez avec vous-même.

N’attendez pas d’un accompagnant qu’il vous dise quoi faire, où aller exactement… nourrissez-vous plutôt de vos échanges avec lui et songez à ce que vous souhaitez créer dans votre vie.

9. Cultivez votre autonomie. Restez à l’écoute de vos intuitions et besoins. Réfléchissez par vous-même. Ne transformez pas votre accompagnant « en béquille », comme quelqu’un sans qui vous ne pourriez réfléchir. S’écouter, c’est se prouver qu’on se fait confiance. C’est se donner de la force. Vous êtes capable de vivre par et pour vous-même.

10. C’est paradoxalement dans cette autonomie – ce courage de penser à soi et de s’écouter soi – que l’on peut se connecter aux autres et à ce qui est bon pour notre guérison. Car le deuil, c’est laisser aller quelquechose ou quelqu’un. C’est la rupture de lien. La séparation. La réparation se fera donc dans la réunion et la relation.

Il peut s’agir d’une réunion au sens propre: en communauté, en famille. Mais ne sous-estimez pas le pouvoir du symbole: réunion avec soi, réunion des parties de soi, connexion à vos ressources, etc. Vous avez besoin de liant et du lien.

11. Malheur, douleur, chagrin, tristesse, épreuve, souffrance, déchirement, désolation, perte: le vocabulaire autour du deuil est déprimant. Je vois un temps gris et froid d’automne, la dalle de marbre gris, les visages inexpressifs… Ne négligez pas le pouvoir des mots. Lorqu’on est déjà dans une situation grave, a-t-on envie de davantage de gravité? Vous seul.e savez. Personnellement, ces mots m’inspirent défaitisme et désespoir. Si c’est votre cas, passez au point 12…

12. Intéressez-vous au deuil et à la mort dans d’autres cultures, à travers les arts. Découvrez une vision différente de la mort. On peut danser sur des merveilleux morceaux de salsa qui parlent de deuil, comme celui-ci. On peut danser et être triste. Et fier. Et honorer ceux qui sont partis. Tiens, on peut faire tout ça en même temps?

Et oui, car faire son deuil n’est pas qu’une chose noire et sombre. C’est plein de choses à la fois. Promenez-vous dans d’autres cultures et par chance, enracinez-vous à un endroit qui vous permette de changer votre perspective. Allez là où vous pourrez nourrir une vision plus sage du deuil. Non pas pour vous distraire de votre peine mais pour faire de celle-ci une matière riche qui vous permette d’avancer dans votre vie.

13. Je crois qu’à un moment, ce travail de deuil devient vraiment spirituel. Il devient une affaire de l’esprit et non du mental (qui ne guérit pas et ne gère pas les émotions). Se diriger vers des pratiques spirituelles, ce n’est pas forcément aller vers des trucs woo-woo perchés. La base d’un bon travail spirituel, c’est de très bien se connaître.

Vous saurez où aller, si vous avez les 2 pieds sur Terre. Une pratique spirituelle, ça peut être de se connecter aux arts par exemple. Vous devez nourrir cette partie de vous, dite spirituelle.

14. Pendant longtemps, j’ai pensé qu’on ne pouvait pas construire sa vie avec des casseroles (faitouts?) au cul. Qu’il fallait être guéri.e pour être aimé.e. Mais c’est faux. On n’a pas besoin d’être clean, réparé.e, tout propre et tout.e parfait.e, pour être aimé.e. On pourra prendre soin de soi sur le chemin, en tenant la main d’autres personnes.

Vous ne faites pas ce travail de deuil pour être aimé.e et accepté.e par d’autres mais car vous méritez de vous sentir bien. La perspective est tellement, tellement importante…

15. Ce chemin n’a pas forcément de fin immédiate. Ça pourrait être déprimant mais réellement, s’il n’y a pas de fin, ça veut surtout dire que vous pouvez vivre votre vie et ne plus avoir d’attente. Changez de perspective. Laissez la blessure vivre sa vie. Choyez-la, tout en vivant votre vie. Les 2 sont compatibles. Rappelez-vous la salsa festive qui parle de deuil

Vous croiserez des gens qui ont fait un deuil propre. Plus de larme. Calme apparent. Super! Si c’est pas votre cas, on s’en fout. Y’en a tellement qui pleurent encore des morts d’il y a plusieurs décennies… Et pourtant, vous savez quoi? Ils ont construit leur vie, ils ont ri, ils respirent et sont encore debout. C’est ça, l’essentiel, finalement.

Si mon écrit vous parle et que vous avez besoin d’être accompagné dans ce travail de conscience de soi, vous pouvez réserver votre séance de coaching en ligne. Et vous pouvez vous ballader sur mon site pour découvrir qui je suis et pourquoi je fais ce que je fais.

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Adeline Anger